François-Régis Lemonnier
plasticien – matiériste
Il parle de ses œuvres comme d’êtres vivants. Des surfaces qui respirent, vibrent, se fissurent parfois sous l’action du pinceau, de la main ou du hasard. François-Régis Lemonnier, plasticien-matiériste installé dans les Hautes-Alpes, explore depuis vingt ans le lien intime entre l’homme et la nature. Ses toiles, souvent nourries de zinc, de sable, de papiers recyclés, d’encres ou de résine, semblent contenir le souvenir d’un souffle, celui du vent dans les arbres ou du vide au bord d’une falaise.
Avant d’embrasser la voie de l’art, François-Régis soignait les corps : il travaillait à l’hôpital. « Il me fallait retrouver un sens profond à ce que je transmets », confie-t-il. Ce sens, il l’a trouvé dans la peinture : un geste qui apaise, une trace qui relie. Ses tableaux portent un message de sérénité et d’équilibre. Ils ne cherchent pas à séduire, mais à offrir une respiration, une parenthèse contemplative. « Quand quelqu’un me dit qu’il se sent apaisé devant une œuvre, le deal est gagné. »
Formé aux techniques classiques – lavis, fusain, aquarelle – dans un atelier tourangeau, il se détourne un jour du figuratif pour s’abandonner à la matière. Les aquarelles marines de Saint-Malo laissent place à des compositions denses, abstraites, presque telluriques. Le recyclage, le collage, les strates deviennent son vocabulaire. « Quelqu’un m’a dit un jour : “Tu n’es pas vraiment peintre, tu es matiériste.” » L’artiste s’en amuse : « Oui, c’est la matière qui me parle, c’est elle qui décide. »
Son installation dans les Hautes-Alpes, à Gap, a tout changé. La montagne lui a offert le vide, la lumière, la contemplation. Il peint l’instant suspendu du grimpeur assis au bord du monde, cette seconde de silence où le souffle rejoint celui de la terre. Les fissures du zinc deviennent des voies d’escalade, les collages, des reliefs géologiques. Chaque regard y trouve son propre paysage : un géologue y lira la roche, un marin y devinera la brume de mer.
Voyageur curieux, François-Régis a rapporté d’Asie le goût du geste pur. De ses séjours au Japon est née une série de performances où la peinture se fait calligraphie : un seul trait, unique, irréversible, habité d’une énergie méditative. « Le pinceau devient une extension de l’âme », dit-il. Dans ces gestes suspendus, on retrouve la même sincérité que dans ses toiles : l’instant juste, sans artifice.
Aujourd’hui représenté par dix-sept galeries en France et à l’étranger, François-Régis Lemonnier poursuit sa route avec humilité. Ses toiles, craquelées, stratifiées, patinées par le temps, racontent un monde de contrastes et d’harmonie. Un monde où la matière, comme la nature, reste vivante et indomptable.
Texte de Caroline Armoiry dans le cadre du reportage photographique de Morgan Dresse
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« On voyage pour changer, non de lieu, mais d’idées ». Ce proverbe correspond tout à fait au passionné de grands espaces qu’est François-Régis Lemonnier.
De ses voyages en Asie, en Islande ou aux États-Unis l’artiste peintre rapporte de nouvelles manières d’appréhender son travail telles que travailler sur la verticale ou se concentrer sur les thèmes de la solitude et de l’humilité de l’Homme. Utilisant dans ses travaux la matière brute l’artiste invente pour l’homme un espace fait de points, de lignes pures et de formes géométriques, dans lequel il va devoir trouver sa place.
Zen, inspirant la quiétude, les peintures de François-Régis Lemonnier prennent de la hauteur et constituent des fenêtres ouvertes sur le monde mais aussi des voyages à l’intérieur de nous-mêmes, au plus profond de notre être intérieur, là où le corps et la forme disparaissent pour laisser place à l’évanescence de l’esprit. »
Christie Alonzo